QUAND ALBI (MA VILLE D'ORIGINE) DEVIENT CELEBRE
(...)
Albi n'en revient toujours pas. Vendredi dernier, Marie-Claude Vidal a
trouvé dans le jardin de sa maison... un cadavre. Ou, plus exactement
un squelette. Selon les premières investigations du SRPJ de Toulouse,
il pourrait s'agir de celui de son demi-frère, Guy, disparu au début
des années 90. Depuis la mort de sa mère, Françoise, il y a un an,
Marie-Claude retape la maison dont elle a hérité.
Vendredi, face
au chantier que représente le jardin, elle demande à un ami de déblayer
le puits encombré de tuiles, de planches, de parpaings et de cartons.
(...) L'ami nettoie et découvre, au fond un passage souterrain long de
8 mètres, avec des paliers aménagés, et qui débouche, par une petite
ouverture, sur une pièce d'environ 6 m2, consolidée par des briques. A
environ 7 mètres de profondeur, exactement sous la maison. A
l'intérieur s'y amassent des journaux, des livres, du savon, un
réchaud, un radiateur, une paillasse. «Une pièce à vivre spartiate»,
selon les enquêteurs, où séjourne, «caché sous un monceau de livres et
de papiers, mais pas dissimulé», un squelette habillé. (...) Selon la
police, l'état des os pourrait bien concorder avec la date de la
disparition du demi-frère de Marie-Claude, Guy.
En 1991, celui-ci vivait avec sa mère dans cette maison de ville. Ou
dessous ? Car personne dans le quartier ne lui a jamais parlé, ne l'a
même jamais aperçu, bien qu'il ait, selon toute vraisemblance, vécu là
longtemps. (...) Et c'est pour l'instant la piste privilégiée par la
police. «Pas une prison à la Dutroux, mais plutôt un réduit pour un
ermite ou un cerveau fatigué.» Avec la complicité probable de la mère,
notamment pour s'alimenter. Seuls le froid, l'humidité ou la démence
auraient un jour, selon la police, eu raison de Guy, dont les papiers
d'identité ont été retrouvés dans la maison.
Les premières autopsies
sont en tout cas formelles ; elles ne font état d'«aucun élément de
nature criminelle» : ni impacts de balles ni coups de couteau. «Il
était majeur. Il n'y a pas eu de plainte déposée pour disparition,
explique la police. La mère a simplement dit aux voisins que son fils
avait disparu. Ce qui n'était pas complètement faux.»
Les voisins
ont appris ces derniers jours que le fils, âgé de 28 ans lors de sa
disparition, était titulaire d'une maîtrise de géographie. (...) De
l'avis général, Françoise était une veuve «ouverte», «souriante»,
«brillante intellectuellement», «généreuse». «Secrète».
Physiquement
«très forte», voire «obèse», selon certains, elle était trop grosse
pour pouvoir pénétrer dans une aussi petite cache, même si les
enquêteurs n'ont pas encore vérifié son poids de l'époque. Dans son
comportement, rien de suspect. Depuis que cette psychologue en milieu
scolaire avait pris sa retraite, elle vivait essentiellement la nuit.
«Elle surfait sur le Net», racontent les voisins, «et dormait le jour»
(...)
Christine, dépeinte comme «la pipelette du quartier», se souvient de
déjeuners chez elle. «On allait prendre des oeufs dans son poulailler
au jardin». Elle non plus n'a rien remarqué. Depuis plusieurs années,
Françoise était fâchée avec sa fille. Ceux qui «pensaient être ses
amis» l'ont vu vieillir, souffrir. «Elle n'a jamais dit sa maladie, n'a
pas voulu se soigner», raconte Suzanne. Elle est morte dans un hôpital
de Toulouse, à 61 ans. Emportant avec elle son jardin secret.
Par Michaël HAJDENBERG, jeudi 21 juillet 2005, Libé.com